La Bhagavad Gita, Krishna et le Yoga

     La Bhagavad Gita est l’un des textes les plus importants de la philosophie indienne et de la religion hindoue. Dans ce livre sacré, Krishna dispense des enseignements sur le Yoga et nous éclaire sur les diverses voies de pratique…

 

La grande Épopée indienne

   La Gita est un épisode, un chapitre du Mahâbhârata, vaste épopée qui conte l’histoire de lignées de rois et de sages du pays de Bhârat (nom véritable de l’Inde). L’épopée contient non seulement des aspects historiques, mais aussi des récits mythologiques et des enseignements philosophiques.


 

   Le Mahâbhârata aurait été composé par le sage Vyasa vers 500/200 av. JC. Il aurait dicté ce poème le plus long au monde (plus de 5000 pages!) d’une seule traite au dieu-éléphant Ganesha qui se fit son scribe et écrivit avec une de ses défenses. Il relate la guerre de Kurukshetra qui eut lieu vers 3500 av. JC. Cette guerre marque le début du Kali Yuga, l’âge de fer (ou âge des conflits, du vice et du mensonge) dans lequel nous vivons actuellement et duquel nous émergeons lentement.

 

Conversation avec Dieu

   Le texte sacré de la Gita est un dialogue entre dieu manifesté sous la forme de Krishna et son ami, l’invincible guerrier Arjuna. Cette conversation se tient sur un champ de bataille, à l’heure de l’assaut final. A l’instant ultime de l’affrontement, Arjuna confie ses doutes à Krishna, qui – à notre grand étonnement, pour nous Occidentaux empreints de la vague New Age “Peace & Love” et de la religion catholique qui enjoint de tendre l’autre joue – demande à son dévot de ne pas renoncer à son devoir de guerrier, d’ouvrir la bataille et de tuer sans merci tous ses ennemis!!

 

   Nous verrons un peu plus loin le sens profond de son message et aussi le contexte dans lequel il a été livré. Mais avant tout, prenons un moment pour comprendre qui est Krishna.

 

Vishnou, ses Avatars & le Dharma

   La Bhagavad Gita signifie “le chant de dieu” et le dieu en question, celui qui l’énonce, c’est Krishna, le 8ème avatar de Vishnou. Vishnou vient s’incarner sur Terre à chaque fois que l’ordre est menacé, car c’est le préservateur, celui qui soutient et maintient le Dharma (c’est à dire ce qui est juste et correct). L’avatar est celui qui descend, de sa forme immortelle vers une forme mortelle, de l’infini vers le fini.

 

   Dans le Ramayana, Vishnou vient sous la forme de Rama restaurer l’ordre cosmique et dans le Mahabharata, il s’incarne en tant que Krishna. Le Mahabharata prend place après le Ramayana, Rama étant le 7ème avatar de Vishnou et Krishna le 8ème. Celui-ci est souvent représenté avec la peau bleu foncé, une plume de paon sur son diadème, il tient une flûte, il caresse une vache, il a des femmes qui dansent autour de lui… 

 

Krishna, l’Avatar espiègle de Vishnou

   Faisant toujours preuve de bonté, générosité, compassion, douceur, tendresse et sagesse, Krishna est aimé de tous. Même lorsqu’il est enfant, malgré ses farces et ses bêtises, personne ne peut résister à son charme. Voici les icônes les plus courantes le dépeignant :

  • petit enfant qui mange du beurre et du ghee (le beurre clarifié) qu’il vole aux femmes du village
  • jeune garçon vacher qui joue du bansoori (la flûte indienne en bambou)
  • jeune homme portant la montagne Govardhan pour protéger hommes et troupeau du déluge envoyé par le dieu Indra
  • le bien-aimé de Radha et des bergères du village, les Gopis (métaphore de l’amour qu’il porte à tous ses dévots)
  • l’aurige du chariot de Arjuna

 

   Ses autres noms, au nombre de 108, sont Govinda (le gardien de troupeau) ou Gopala (le protecteur des vaches), Jagannath (le seigneur de l’univers), Mohan ( le dieu attirant), Narayana ( le refuge de tous), Vasudeva ( le seigneur triomphant), …

 

La Bhagavad Gita, Joyau du Mahabharta

   Dans la Bhagavad Gîtâ, joyau enchâssé au coeur du Mahabharata, un véritable enseignement sur la vie est délivré par le Seigneur Krishna. Ce texte, vénéré par des millions d’êtres humains depuis des siècles, occupe une place unique parmi les textes sacrés de l’Inde, car elle est un véritable traité sur la vie. Le problème essentiel de l’être humain y est posé :

  • Comment prendre la bonne décision ?
  • Comment faire le bon choix ?

 

   Ce problème est mis en scène à travers un personnage, Arjuna, qui est confronté à un véritable dilemme : en arrivant sur le champ de bataille, Arjuna se rend compte que ses soit-disant ennemis sont en fait les Kauravas, c’est à dire ses cousins, oncles, mentors, etc.… et ne peut se décider à commencer la guerre. C’est là que Krishna intervient et devient son conseiller spirituel. Son message, qui a traversé les siècles, reste d’une étonnante actualité par les réponses qu’il apporte à  des questions essentielles :

  • Quel est le but de la vie ?
  • Comment s’accomplir en ce monde ?
  • Comment trouver la paix et la plénitude dans un monde troublé ?
  • Quel est le sens profond de l’action ?
  • Comment notre action ordinaire peut-elle devenir voie d’évolution ?

 

   La guerre de Kurukshetra, qui va durer 18 jours, est en fait une métaphore de la juste conduite à suivre dans la vie, c’est à dire, de savoir identifier ses vrais ennemis, ceux qui nous empêchent d’avancer sur la voie spirituelle et vers la libération, puis  de les combattre sans relâche, dans un état d’esprit équanime, sans colère ni haine.

 

La Voie de la Libération

   Si le yoga est la voie de la paix (Shanti) et de la libération (Moksha), on peut se demander pourquoi Krishna conseille à Arjuna de commettre un acte aussi violent que de tuer sans merci tous ses ennemis. Avec patience, Krishna nous rappelle que même si notre tendance est de nous identifier à notre corps et de croire que lorsque nous trépassons, tout est terminé, en réalité, les choses en sont tout autrement. Nous sommes tous issus de la Conscience cosmique et notre âme est pure et éternelle. Ce sont notre ignorance (Avidya), notre identification à notre corps, mortel, impermanent, et notre attachement à cette vie, nos proches, nos possessions, qui nous enchaînent au Samsara (le cycle des réincarnations), qui n’est autre que souffrance (naissance, douleur, maladie, vieillesse, séparation, perte, mort…).

 

   Pour se libérer de ce cycle infernal, chacun doit chercher à s’affranchir des chaînes du Karma et à comprendre sa véritable nature. Lorsque nous réalisons qui nous sommes vraiment et d’où nous venons, la mort n’a plus la même signification.

 

Les 3 Voies du Yoga

   Conscient que l’être humain est doté d’un corps, d’émotions, de raison et que chacun d’entre nous a une dominante : plutôt un tempérament actif, ou émotionnel, ou encore intellectuel, Krishna nous explique que la voie spirituelle choisie doit correspondre à l’aspect dominant notre personnalité.

 Trois grandes voies sont donc proposées dans la Bhagavad Gita :

  • la voie de l’action (ou du travail) accomplie avec une attitude juste, sans égoïsme: c’est le Karma yoga.
  • la voie de l’amour divin et de l’ouverture du coeur (Bhakti yoga)
  • la voie de la connaissance, fondée sur l’étude des Ecritures, l’investigation intérieure et la méditation (Jnâna yoga)

 

Le Yoga selon Patanjali

   Lorsque nous sommes engagés sur la voie du Yoga telle que décrite par le sage Patanjali, nous avons la chance de pouvoir pratiquer ces 3 aspects du yoga en même temps. Souvenez-vous que dans les Yoga Sutra, Patanjali préconise aux débutants de s’établir dans le Kriya Yoga, ou yoga de l’action, qui comporte 3 piliers : Tapas, Svadhyaya, Ishvara Pranidhana autrement dit l’ardeur (Karma Yoga), l’introspection (Jnana Yoga) et le lâcher-prise en s’en remettant au divin (Bhakti Yoga). Cela demande bien sûr une grande discipline de vie qui soutient le Sadhaka (pratiquant de Yoga) et l’empêche de succomber à ses nombreux ennemis.

 

Quels sont les Ennemis du Sadhaka?

 La théorie n’étant jamais séparée de la pratique, ainsi, tous les enseignements que Arjuna reçoit sur le champ de bataille, nous pouvons les mettre en oeuvre sur notre tapis de yoga. Chaque jour, nous devons livrer notre propre bataille, en apprenant déjà à identifier nos ennemis (que Patanjali nomme antaraya, les obstacles au bonheur) :

  • la paresse, la léthargie, l’inertie lorsqu’il s’agit de se lever le matin et de se mettre à pratiquer;
  • la frustration, l’irritation, l’impatience lorsqu’on rencontre des obstacles et que l’on n’avance pas comme on souhaiterait;
  • l’envie, la jalousie, le mépris, les complexes de supériorité ou infériorité, l’arrogance, lorsqu’on se compare autres pratiquants ou aux personnes qui ne sont pas engagées sur la voie;
  • l’agitation, la distraction, le manque d’attention, car il y a tellement de choses à faire dans cette vie, tant de personnes à rencontrer, d’endroits à explorer ou de tâches quotidiennes à accomplir!
  • le découragement, l’abattement, l’envie d’abandonner parce que le chemin est difficile, ardu, exigeant;
  • la négligence, l’indifférence, …etc.

 

Quelles sont nos Priorités?

   A travers la Bhagavad Gita, Krishna nous invite à nous poser des questions existentielles essentielles et notamment, à revoir nos priorités et notre conception de la vie. Sommes-nous ici pour nous amuser? pour amasser une fortune? pour souffrir uniquement? Voulons-nous nous enfoncer encore plus dans l’illusion (Maya) en nous agrippant désespérément à notre jeunesse, nos biens matériels, nos amis et proches tout en sachant pertinemment que nous pouvons tout perdre d’un moment à l’autre, ou bien sommes-nous prêts à nous détacher de tout cela? Pouvons-nous apprendre à suivre une voie équilibrée en effectuant des actions justes mais désintéressées, c’est à dire, apprendre à exécuter notre Svadharma (notre devoir individuel) de la meilleure façon possible sans attachement au résultat…?

 

   Ce sont bien sûr des questions à méditer sur toute une vie (ou plusieurs!) et la lecture de textes sacrés tels que la Bhagavad Gita peuvent aider à éclairer notre lanterne et nous inspirer.

Hommage à Bhishmacharya

   Je termine cet article avec un hommage au grand guerrier et enseignant, Bhishma, qui fut transpercé de flèches sur le champ de Kurukshetra. Il resta allongé dans cette position pendant 58 jours, sans s’émouvoir de la grande douleur dans laquelle il se trouvait, et attendit patiemment le jour favorable du solstice d’hiver pour quitter son corps. Afin d’émuler ses grandes qualités et sa sagesse, nous terminons souvent nos classes dans la position dite Bhishmacharyasana, dans laquelle nous remplaçons les flèches par … des briques en bois! Om shanti

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