Donner un Sens à sa Pratique

   Donner un sens à sa pratique, c’est en soi un aspect important – un aspect essentiel même! – de la pratique du yoga, plus difficile à saisir et à instaurer qu’on ne peut le croire de prime abord. Pour le débutant, le but ultime est de pouvoir mettre en place une pratique quotidienne. Mais pour le pratiquant confirmé, comment ne pas tomber dans la routine? Comment ne pas laisser les postures maintes fois répétées devenir mécaniques? 

 

D’abord s’établir dans une discipline quotidienne

   Au tout début, lorsque l’aspirant yogi commence à mettre en place sa propre pratique, le plus important est … de pratiquer ! Inutile ici d’énumérer les obstacles qui peuvent nous empêcher de pratiquer. Ils sont innombrables et nous en avons tous fait l’expérience bien trop souvent !!! Ce que nous voulons tous savoir au départ c’est : comment instaurer cette motivation quotidiennement renouvelée, cultiver ce sens de l’urgence et de la priorité quand il s’agit de faire quelque chose qui est extrêmement bénéfique pour notre santé, notre moral et notre regard sur la vie en général. Quand on est débutant-e, instaurer une pratique quotidienne semble être le nec plus ultra.

 

   Pour mettre en place une pratique quotidienne, on commence par se fixer des objectifs réalisables du genre « Allez, je vais pratiquer au moins 20 minutes tous les jours » ou bien « Je vais me lever tous les matins à 6h ». Puis lorsque cette pratique est plus ou moins en place, notre but va être de progresser soit sur une posture « Je vais essayer tous les jours de faire Sirsasana (posture sur la tête) » ou en augmentant la durée de la pratique (par exemple).

 

   À force de détermination, d’assiduité aux cours et stages, de persévérance, chacun-e peut parvenir, à plus ou moins long terme, à mettre en place une pratique personnelle qui porte des fruits. Mais ceci est loin d’être l’objectif final. Il faut aussi que notre pratique ait un sens ! Sinon, elle risque de devenir purement mécanique, répétitive, sans inspiration, sans âme et nous courrons le risque de la voir s’étioler. 

 

Lorsque l’envie de pratiquer nous quitte…

   Il arrive ainsi que certains pratiquants un peu fanatiques cessent brutalement leur pratique, comme ça, du jour au lendemain, parce qu’ils ont été trop durs et disciplinaires envers eux-mêmes. D’autres y perdent goût, petit à petit, parce qu’il n’y a plus de « jus » dans leur pratique qui est devenu un ensemble d’exercices vides de sens. D’autres encore, pour diverses raisons et aléas de la vie, se retrouvent sans enseignant et sont privés de ce qui était leur source de motivation. Encore une fois, les cas de figure ne manquent pas. En fait, ils n’ont rien d’exceptionnel : ce sont tous les écueils que l’on peut rencontrer lorsqu’on s’engage sur une voie et ils sont connus depuis la nuit des temps.

 

   Ainsi, dans La Contemplation du Héros, Christian Pisano nous rappelle : « Il semblerait que la plupart d’entre nous perdent, avec le passage du temps, le cœur de la pratique, le frisson initial. Elle devient une routine, une chose que nous devons faire par devoir envers un système. La pratique se limite alors à une accumulation d’informations et d’instructions. Nous oublions la poésie, pour n’être plus concernés que par les mots. Il est intéressant d’observer que lorsque nous ne sommes plus stimulés par une pratique orientée vers un but, nous sommes confrontés à une routine vide sens. Mais cela pourrait être un passage nécessaire… »

 

   Cette affirmation, plutôt que de nous abattre, doit nous encourager à persévérer. Car comme le rappelle Krishna à Arjuna dans la Bhagavad Gita « Sur la Voie du Yoga, il n’y a pas de perte. Même un peu d’avancement sur ce chemin sauve d’un grand danger ».

 

La Différence fondamentale entre le Yoga et une “Activité”

   Dans le milieu scientifique, il est communément admis que nos comportements conscients représentent environ 5% de nos actions, tandis que nos comportements inconscients s’élèvent à 95%. Or, dans la pratique du yoga, nous voulons devenir à 100% conscients!!!

 

   Ce qui est compris dans les comportements inconscients est :

  • les aptitudes et les compétences
  • les habitudes et les routines
  • les réactions émotionnelles
  • les réponses conditionnées
  • les mémoires associatives
  • les croyances
  • les attitudes
  • les perceptions

 

   Il est bien sûr important voire vital que nombre de ces actions soient « inconscientes » car sinon, à chaque fois qu’on prendrait la voiture, il faudrait redécouvrir où sont les pédales et comment passer les vitesses. On n’aurait pas le réflexe d’écraser la pédale des freins pour éviter un accident de la route ! Une secrétaire devrait regarder son clavier pour trouver les lettres dont elle a besoin et ne pourrait taper son texte à mesure qu’il lui est dicté. Un pratiquant d’une religion devrait se remémorer toutes les histoires qui lui ont été racontées au sujet de tel ou tel dieu ou prophète avant de décider d’entrer dans le temple ou l’église. Etc… etc…

 

   Dans certains domaines comme le sport, il ne s’agit pas de se souvenir comment taper dans le ballon ou la balle avec quelle force et sur quel angle afin de pouvoir marquer un but ou un point, mais plutôt de pouvoir réagir d’une façon adaptée aux circonstances extérieures. Cela demande donc une combinaison de comportements inconscients et de réactions conscientes.

 

   Dans le domaine du yoga, ce qui est peut-être le plus difficile, c’est de garder la fraîcheur de son regard, un ressenti neuf comme si l’on faisait les postures pour la première fois, c’est à dire, de rester totalement présent et conscient alors que l’on a une “routine” quotidienne, alors que l’on a acquis des compétences, des aptitudes, des compréhensions, alors que l’on a répété 100 fois déjà un enchaînement de positions. Et même si l’on a déjà maintes fois “échoué” à l’exécution d’une posture, ne pas partir défaitiste, mais bien se dire, aujourd’hui, je fais la posture pour la première fois et je sais que j’ai la capacité de réussir.

 

Comment maintenir une pratique vivante et évolutive?

   Concrètement, cela se met en place en mettant toute son attention dans le ressenti corporel dans l’instant présent. Oui, j’ai peut-être déjà exécuté 1000 fois la pose du chien mais, les circonstances qui m’amènent à cette posture sont uniques. Cela peut être :

 

  • la veille, j’ai fait une longue marche en montagne et je me sens tout-e courbaturé-e
  • hier soir, j’ai mangé une grosse raclette en famille et je me sens lourd-e et léthargique
  • ce matin au lever, j’ai bu trop de café et je me sens tout-e tremblant-e et agité-e
  • j’ai commencé ma pratique par Adho Mukha Svanasana et ça me tire derrière les jambes
  • je viens de faire plusieurs cycles de salutations au soleil et comme c’est la 20ème fois que je refais la position aujourd’hui, je me sens souple et à l’aise
  • je viens de faire des tas d’extensions arrière et cette posture soulage vraiment mon dos
  • j’ai des crampes menstruelles et cette posture soulage son abdomen tendu
  • je me suis tordu la cheville le mois dernier et je la sens encore fortement dans la posture mais moins qu’il y a 3 semaines
  • je fais une variation du chien tête en bas avec des briques sous les mains, ou sous les pieds, depuis une sangle ou avec un support sous la tête

Vous ne ferez jamais deux fois la même posture 

   Comme vous le voyez, les circonstances qui ont pu vous amener à faire cette posture à cet instant T sont toutes différentes. En fait, j’affirme ici que vous ne ferez jamais deux fois la même posture dans votre vie. Chaque moment sera unique et chaque posture aussi. À moins que vous ne choisissiez de répéter 100 fois le même enchaînement, sans présence ni conscience, jusqu’à ce que vous en ayez assez et que vous décidiez de vous mettre au tennis … ou à l’aquarelle!

 

   En tant que sadhaka, c’est votre challenge :  pouvez-vous développer suffisamment de conscience (qui est à la fois attention, concentration, focalisation, ressenti … et bien plus encore) afin de garder votre pratique vraiment vivante? Laissez-moi vos commentaires concernant votre expérience! Om shanti

Partager sur facebook

Il est permis de partager cet article (sur internet, sur Facebook, sur vos blogs et avec vos amis) à condition qu’il ne soit pas coupé et que vous en conserviez l’intégralité; qu’il n’y ait aucune modification au contenu; que vous citiez le nom de l’auteure -Uma Wright- ainsi que la référence de son blog : https://umahesh.com/lomauma/

Partager sur facebook

liste de diffusion

En vous abonnant, vous serez informé.e dès que je posterai du nouveau contenu (articles ou vidéos)

derniers articles

Inspiration

Les Yoga Sutra du Confinement

Pendant cette période de confinement, j’ai clairement eu l’impression que, de façon très subtile, la Terre nous initiait tous au Yoga. Je vais vous raconter ma vision des choses…

Lire +
Philosophie

Éradiquer la Souffrance

Le Yoga est souvent assimilé au bien-être, au bonheur, à la diminution de la douleur et du stress. Selon les yogis, le yoga permettrait même l’éradication de la souffrance…

Lire +
Yoga

Comme un Roc au Cœur de la Tourmente

Pourquoi les postures debout sont-elles non seulement les premières positions que nous enseignons aux débutants mais aussi souvent celles avec lesquelles nous commençons une classe ou notre pratique?

Lire +
Philosophie

La Fin du Kali Yuga

Je voudrais aujourd’hui parler du Kali Yuga, l’Âge noir dans lequel l’Humanité a été plongée pendant des siècles, cette longue époque marquée par l’ignorance, la violence, la pénurie, l’oppression et l’illusion de…

Lire +
Inspiration

Les Opportunités du Confinement

Lorsque l’on n’a plus le droit de sortir, on se tourne vers l’intérieur. Encore faut-il savoir comment s’y prendre… Voici une démarche possible et quelques pistes de réflexion…

Lire +
Yoga

Les 7 Chakras

L’homme possède d’innombrables chakras mais dans la pratique du yoga, on se concentre sur les chakras internes principaux qui sont au nombre de 7. Ce sont des vortex permettant à l’énergie vitale de circuler…

Lire +